#8 Le Monument aux Morts de Sevran : histoire d'un hommage aux Poilus sevranais
Le 09/11/2017 à 15h11 par Romain Ribeiro
Résumé

 

Au sortir de la Grande Guerre, la majorité des communes françaises voulurent rendre hommage à leurs morts en érigeant un monument. La variabilité des budgets et les différentes volontés mémorielles firent que chacun des monuments fut une réalisation unique ayant sa propre histoire. Et le Monument aux Morts de Sevran ne déroge pas à la règle. Zoom sur l'histoire de cette ouvrage commémoratif...

     Le 10 novembre 1918, la veille de la signature de l'Armistice à Rethondes, se tint une séance du Conseil Municipal de Sevran. Le compte-rendu de séance commence ainsi :

 

« Sur la proposition de M. Dauvergne,

Le Conseil Municipal réuni en session ordinaire de novembre s'associe au Sénat pour glorifier les soldats de l'armée française et des armées alliées et leurs chefs, le Gouvernement de la République, le parlement, le citoyen Georges Clémenceau, le maréchal Foch et tous ceux, héros obscurs et d'autant plus chers qui sont tombés au cours de la guerre pour la libération du territoire et les libertés du monde.

A tous il adresse l'expression de son admiration émue et de son éternelle reconnaissance.

Vive la France !

Vive la République qui a sauvé la France et les libertés du Monde.

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Le Conseil décide d'élever dans le parc de la Mairie un monument aux soldats de la commune « Morts pour la France ».

[...]

Une souscription publique sera ouverte.

Les souscriptions seront reçues par les Conseillers municipaux et au Secrétariat de la Mairie. [...] »

 

 

     Le 29 juin 1919, une somme de 15 000 francs est allouée à la construction de cet édifice, « Considérant que si ce crédit est important, il n'en est pas moins moral et patriotique de permettre à tout citoyen de participer à la glorification des héros de la Grande Guerre et par cela même de faciliter l'édification d'une œuvre qui soit digne de leur suprême sacrifice ». Il faut cependant attendre 1920 avant que le souhait des édiles ne se concrétise, le projet de MM. Renard, architecte communal, et Bourgeois, architecte à Paris n'ayant été adopté qu'en novembre de la même année, pour un coût total de 23 000 francs (15 000 inscrits au budget additionnel de 1920, 7000 de souscription publique et 1000 de subvention d’État), les obus ornant – toujours d'ailleurs – le pourtour du monument ayant été gracieusement offert par le Ministère de la Guerre, à la demande du Maire de l'époque.

 

     Une fois le monument achevé et les préparatifs mis au point, l'installation et l'inauguration officielle pouvaient avoir lieu. On fixa une date à cette dernière : le 19 juin 1921 à 14h30, dans le Parc de la Mairie (actuellement parking de la place Crétier). Nombre d'élus locaux et nationaux furent conviés, ainsi que l'ensemble de la population sevranaise, notamment les familles ayant été directement touchées par le conflit.

 

     A ce propos, la réponse d'une veuve à cette invitation, conservée aux Archives de Sevran, est particulièrement poignante et révélatrice du traumatisme qu'a pu représenter la Grande Guerre :

 

« Sevran le 6 juin1921

 

Monsieur

 

     Je dois tout d'abord vous remercier de la place que vous m'offrez et mettez à ma disposition à l'occasion de l'inauguration de ce monument aux : ''Morts pour la France'' mais je ne puis l'accepter et vous prie d'en disposer. Les causes ? Car il y a des causes ; les voici ! Les grandes joies comme les grandes douleurs sont muettes et solitaires ; la mienne est de celles-là ; ayant dû une fois déjà la livrer en public à une foule indifférente pour la plupart, lors de la remise que vous m'avez fait il y a deux ans d'un diplôme d'honneur au nom de mon pauvre Edmond, vous comprendrez aisément que je ne puisse me résigner à la livrer une seconde fois ; je crains de n'être pas encore assez forte, pour cacher aux yeux indiscrets, cette douleur encore trop profonde et mal cicatrisée, au souvenir pénible, quoique toujours présent à ma mémoire qui m'a value le Malheur de ma Vie par la disparition d'un cœur des plus généreux et des plus délicats qui soient tombés ; croyez cependant qu'en ce même jour, où Sevran rendra hommage à nos Morts, moi et les miens, près de la tombe de mon frère qui repose au cimetière de Livry, associerons en cette même tombe tout le grand sacrifice des Nôtres, là au moins ! En ce lieu calme et solitaire, loin de la foule bruyante, loin des musiques, loin des chants qui pourraient troubler leur sommeil, notre douleur vraie, à nous les leurs ! s'associera mieux avec le grand sacrifice des Nôtres qui ne demandaient qu'à vivre, elle bercera doucement leur sommeil mais ne le troublera pas, comme ces cérémonies bruyantes qui finissent en fêtes.

     Veuillez agréer Monsieur le Maire, ainsi que ces Messieurs du Conseil Municipal avec mes remerciements, l'assurance de ma reconnaissance.

 

Signé : Madame Veuve Pivost

 

9 route de Vaujours à Sevran (Seine-et-Oise) »

 

     Ce n'est qu'en 1929 que fut prise la décision de transférer le Monument au cimetière, nouvellement créé, place qu'il occupe toujours actuellement et autour de laquelle les commémorations continuent de se dérouler, 11 novembre après 11 novembre.

 

               

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Romain RIBEIRO, Responsable-adjoint des Archives municipales de Sevran

 

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