#6 Septembre 1980 : l'église Saint-Martin en feu !
Le 09/11/2017 à 14h00 par Romain Ribeiro
Résumé

 

L'église Saint-Martin est certainement l'un des plus anciens bâtiments de Sevran. Elle a su résister au temps et peut se targuer d'avoir été contemporaine des différentes évolutions de l'Histoire de France. Mais au-delà de la grande Histoire, ce sont également les petites histoires qui font date. L'église Saint-Martin n'en manque pas, et c'est d'ailleurs sur l'une d'elles que porte cet article. Zoom sur l'incendie qui frappa l'église en septembre 1980...

     Lundi 15 septembre 1980. La chaîne FR3 diffuse le film de 1954 « Le Défroqué », dont le personnage principal, Maurice Morand, sous-lieutenant fait prisonnier pendant la Seconde Guerre mondiale, se voit chargé par ses codétenus de donner l'extrême-onction à l’aumônier mourant de leur camp, le contraignant alors à leur dévoiler son état de prêtre défroqué, c'est-à-dire ayant renié ses vœux monastiques. S'en suit toute une histoire autour du retour (ou non) de Maurice Morand dans le droit chemin après leur libération, encouragé par l'un de ses anciens codétenus.

 

 

     Nuit du mardi au mercredi 17 septembre 1980. Une bombe artisanale à retardement explose aux portes de l'église Saint-Martin et provoque l'incendie d'une partie de la nef de l'édifice. Le sinistre est rapidement maîtrisé et le lendemain matin, les services de la Ville font le nécessaire pour protéger le mobilier : les chaises, les bancs, la croix et les statues sont déplacés, les vitres cassées sont obturées, la porte centrale est barricadée. Le rapport entre ces deux événements ? La présence d'une dizaine de graffitis sur les murs tels que « Vive la juste lutte de Maurice Morand ! Vive FR3 ! » ou encore « A bas toutes les chapelles ! », faisant directement écho au film diffusé l'avant-veille. L'hebdomadaire « Echo 93 » fit état de cet événement dans son édition du 19 septembre, relatant l'émotion et l'incompréhension des fidèles, mais également du voisinage et des élus.

 

 

     Dès lors, l'église dut fermer ses portes jusqu'à sa réfection, la décision ayant été prise de transférer les célébrations à la chapelle Saint-Vincent-de-Paul de Rougemont. Toutefois, « le malheur a son terme, et les vertus ont leur récompense sur la terre » comme l'affirme un proverbe du XVIIIe siècle. Dans le cas présent, la récompense surgira davantage de sous la terre. En effet, l'incendie ayant ravagé les boiseries couvrant les murs et les piliers, éclaté plusieurs vitraux et endommagé le dallage, l'on trouva le moment propice pour envisager un sondage archéologique.

 

    Les travaux de fouilles furent entrepris dès décembre 1980 jusqu'au début de l'année 1981 et furent menés par MM. Edmond Lemonchois, trésorier de la Société Historique du Raincy et du Pays d'Aulnoye et Gilbert-Robert Delahaye, archéologue. 4m² ont ainsi été sondés, à plus de 1,50 mètres de profondeur, avec à la clé, de probantes découvertes. Les deux chercheurs ont en effet mis au jour des fosses contenant des ossements humains en bon état de conservation bien qu'incomplets, de même que deux sarcophages de plâtre où gisaient de nombreux ossements humains épars, sarcophages dont l'état fragmentaire laissait supposer d'une profanation durant l'époque médiévale. Au total, plus de 180 objets furent exhumés et répertoriés lors de cette intervention archéologique : l'immense majorité était composée de fragments humains, mais ont également été retrouvés des morceaux de métal ferreux, de terre cuite (briques, tessons de céramique), de bois et de pierre.

 

 

   Dans leur rapport de fouilles, les deux chercheurs, bien que prudents dans leurs conclusions, appuyèrent l'hypothèse d'une occupation du site dès l'époque mérovingienne « puisqu'il semble qu'ensuite la confection de sarcophages utilisant ce matériau [le plâtre, ndlr] ait été moins répandue et qu'elle ait revêtu une autre forme », hypothèse étayée par l'existence du testament d'Ermenthrude, riche dame mérovingienne qui aurait vécu vers l'an 700, dans lequel elle léguerait « une mesure de vigne de la basilique Saint-Martin de Sevran » (Archives Nationales, K 4, n°1).

 

 

 

 

 

Romain RIBEIRO, Responsable-adjoint des Archives municipales de Sevran

 

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